Le Wing Chun, une boxe venue du sud
Né d'une nonne en fuite et d'une jeune femme qui refusait un mariage forcé, le Wing Chun a traversé trois siècles de transmission silencieuse — de la montagne de Shaolin aux ruelles de Foshan, de Hong Kong à Bordeaux.
- Chute des Ming — Origines
- génération depuis Yip Man
- IIIe 3e
L'Empire tombe,
le temple brûle.
Pékin, printemps 1644. Les Mandchous franchissent la Grande Muraille. Au sud, dans les montagnes du Fujian, le monastère Shaolin est cerné, puis incendié. Cinq survivants emportent ce qui peut l'être : une connaissance.
Histoire documentée & tradition orale
Quand l'empire Ming tombe, le temple part en cendres.
En 1644, les Mandchous renversent la dynastie Ming et fondent les Qing. La résistance s'organise dans les marges — et, selon la tradition, au sein du monastère Shaolin du Sud, dans le Fujian, devenu refuge des partisans du mot d'ordre « renverser les Qing, restaurer les Ming » (反清復明).
Le récit rapporte que l'empereur Yongzheng aurait ordonné l'incendie du temple. Ses maîtres sont dispersés, ses archives perdues. Cinq survivants — les Cinq Aînés — s'enfuient vers le sud, emportant chacun une part du savoir.
De cette diaspora naissent, dit-on, les grandes boxes du sud : Hung Gar, Choy Li Fut, le Bak Mei… et, à travers la nonne Ng Mui, le Wing Chun.
Les cinq aînés · 五老
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至善
01Jee Sin Sim SeeMoine — transmet aux clans du sud
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五枚
02Ng Mui ★ notre brancheNonne — origine du Wing Chun
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白眉
03Bak MeiMoine — fonde le Bak Mei Pai
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馮道德
04Fung To TakMoine taoïste
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苗顯
05Miu HinLaïc — boxe des cinq animaux
Composition selon la tradition la plus répandue ; les sources varient.
Un récit transmis oralement
Elle aurait vu la grue combattre le serpent.
De là naîtra, dit-on, le Wing Chun.
La tradition raconte qu'après la destruction — légendaire — du temple Shaolin du Sud, une nonne bouddhiste nommée Ng Mui se réfugie au monastère du Mont Tai Leung et consacre des années à repenser le combat. Les boxes du nord, longues et puissantes, ne conviennent ni à son gabarit, ni à la proximité d'une ruelle.
Le récit, répété par les générations suivantes, veut qu'elle ait observé un duel entre une grue blanche et un serpent : la grue déviait sans force, le serpent frappait droit, sans armer. Économie, ligne, sensibilité.
Ne jamais opposer la force à la force.
Devenir la ligne la plus courte.
De cette observation serait né un système court et droit, fondé sur la ligne centrale, la sensibilité du toucher (聽勁, ting ging en cantonais) et une structure osseuse relâchée — pensé pour qu'une personne plus petite puisse vaincre une personne plus grande.
Le récit qui donne son nom à l'art
Une jeune femme refuse un mariage forcé.
La tradition raconte que dans un village de la province de Canton, Yim Wing Chun (嚴詠春, « éloge du printemps ») tient l'échoppe de tofu de son père. Un seigneur de guerre local exige qu'elle l'épouse.
Elle accepte à une condition : qu'il la batte d'abord en combat singulier. Ng Mui, croisée sur la route du marché, lui accorde six mois d'enseignement. La jeune femme l'emporte. Le mariage n'a jamais lieu.
L'art porte désormais son nom.
Yim Wing Chun épouse plus tard Leung Bok Chau, marchand de sel, à qui elle transmet le système reçu de Ng Mui. Il donnera au style le nom de sa femme : Wing Chun Kuen (詠春拳, « la boxe de l'éloge du printemps »).
De Leung Bok Chau à Leung Lan Kwai, puis à Wong Wah Bo et Leung Yee Tai — comédiens de la Jonque rouge, troupe d'opéra cantonais où l'art reste caché pendant un siècle —, la transmission se fait de bouche à oreille, dans la marge.
La chaîne avant Yip Man
Sept générations, deux siècles,
une seule transmission.
Avant Yip Man, le Wing Chun n'a presque pas d'archive écrite. C'est un savoir qui passe main à main, dans des troupes d'opéra et des arrière-cours de Foshan. Sept maîtres, deux siècles d'ombre — sans eux, rien ne survit.
- vers 1700 Ng Mui 五枚師太 Origine — Shaolin Sud
- vers 1720 Yim Wing Chun 嚴詠春 Donne son nom à l'art
- vers 1740 Leung Bok Chau 梁博儔 Époux — codifie le style
- vers 1780 Leung Lan Kwai 梁蘭桂 Transmission cachée
- 1820 — 70 Wong Wah Bo · Leung Yee Tai 黃華寶 · 梁二娣 Jonque rouge · opéra cantonais
- vers 1870 Leung Jan 梁贊 Le « roi du Wing Chun » · Foshan
- vers 1900 Chan Wah Shun 陳華順 Maître de Yip Man · Foshan
Yip Man, la sortie de l'ombre
Un homme sort le Wing Chun de l'ombre et le confie au monde.
Né à Foshan en 1893 dans une famille lettrée, Yip Man (葉問) commence le Wing Chun à 7 ans avec Chan Wah Shun. Officier de police puis réfugié, il fuit Foshan en 1949 et s'installe à Hong Kong, où il ouvre la première école publique de Wing Chun.
Pour la première fois, l'art est enseigné hors de la transmission familiale. Bruce Lee — son élève le plus connu — n'est qu'un nom parmi des dizaines de disciples qui essaiment l'art à travers le monde : Wong Shun Leung, Leung Ting, Moy Yat... et William Cheung.
(photographie d’école / premiers élèves)
- 1949 — Hong Kong
- Première école publique de Wing Chun. L'art quitte l'arrière-cour.
- Élèves directs
- Plus de 60 disciples certifiés — dont Bruce Lee, Wong Shun Leung, et William Cheung, fondateur de la Traditional Wing Chun.
- Trois formes
- Shil Lim Tao, Chum Kiu, Biu Jee — codifiées et transmises sans modification.
- 1972 — décès
- À sa mort, le Wing Chun est l'art martial chinois le plus pratiqué dans le monde.
De la source jusqu'à toi
De Yip Man à Bordeaux,
en quatre poignées de main.
La branche que nous transmettons est celle de Sifu William Cheung, disciple direct de Yip Man, dépositaire de la Traditional Wing Chun — la lignée orthodoxe.
En France, Sifu Didier Beddar en est le transmetteur depuis Paris. Josse Delaune et Damien Spieser, deux anciens disciples, ont fondé l'école WCTB, Bordeaux Chartrons en 2016.
La chaîne · Yip Man →jusqu'à Bordeaux · 4 générations
- GÉNÉRATION 0 Yip Man 葉問
- GÉNÉRATION I Sifu William Cheung 張卓慶
- GÉNÉRATION II Sifu Didier Beddar Paris
- GÉNÉRATION III Sifu Josse Delaune Bordeaux
- GÉNÉRATION IV Les pratiquants d'aujourd'hui Vous
Une école se mesure à la distance entre ses élèves et la source. Chez nous, il y a quatre mains entre vous et Yip Man.
Trois siècles plus tard,
la transmission continue.
Le Wing Chun n'existe que parce que, à chaque génération, quelqu'un a accepté de transmettre — et quelqu'un a accepté de recevoir. À Bordeaux, le kwoon du Cours du Médoc est l'un des maillons.